Les réponses aux énigmes criminelles de votre magazine
Derrière chaque grande affaire criminelle se cachent des détails qui peuvent bouleverser une enquête : une inscription mystérieuse, une trace ADN, un appel téléphonique ou un objet disparu. Certains ont permis d’identifier un suspect, d’autres ont fait naître des doutes qui subsistent encore aujourd’hui.
Vous avez découvert ces dix énigmes dans les pages d’Enquêtes Criminelles. Voici les réponses, les explications et les faits qui se cachent derrière chacune d’elles.
1. OMAR RADDAD : DEUX MESSAGES, UNE ÉNIGME
Que cherchaient-ils à déterminer en mesurant précisément ces inscriptions ?
Les enquêteurs et les experts cherchaient à savoir si Ghislaine Marchal avait matériellement pu écrire elle-même les messages ensanglantés découverts sur les portes de sa cave.
En septembre 1991, l’experte en écritures Florence Buisson-Debar se rend sur les lieux pour mesurer la taille des lettres, leur espacement et leur hauteur par rapport au sol. L’objectif est notamment de vérifier si une personne de la taille de Ghislaine Marchal aurait pu tracer ces inscriptions en position agenouillée ou allongée, compte tenu de ses blessures.
L’experte compare également les messages avec des écrits personnels de la victime. Elle conclut que les inscriptions sont bien de sa main. D’autres expertises réalisées ultérieurement aboutiront toutefois à des conclusions différentes.
Ce qu’il faut retenir : les mesures visaient à reconstituer les conditions physiques dans lesquelles les messages avaient pu être écrits. L’authenticité des inscriptions demeure l’un des principaux sujets de controverse de l’affaire.
2. MARIE BESNARD : L’ARSENIC QUI A SEMÉ LE DOUTE
Comment un élément extérieur aux victimes a-t-il pu mettre en doute des expertises présentées comme accablantes ?
L’élément en question était l’environnement dans lequel les corps avaient été enterrés, et plus particulièrement la présence possible d’arsenic dans la terre des cimetières.
Lors des exhumations, les analyses avaient révélé des concentrations d’arsenic dans plusieurs dépouilles. Mais les experts de la défense ont soulevé une autre hypothèse : une partie de cet arsenic aurait pu provenir du sol, des eaux de ruissellement ou des matériaux des cercueils, et pénétrer dans les restes humains après la mort.
Cette possibilité a entraîné d’importantes controverses scientifiques. Les experts judiciaires ne partageaient pas tous cette interprétation et certaines contre-expertises continuaient à soutenir la thèse d’une intoxication avant le décès.
Ce qu’il faut retenir : la présence d’arsenic ne suffisait pas, à elle seule, à établir avec certitude un empoisonnement criminel imputable à Marie Besnard. Après trois procès et de nombreuses expertises contradictoires, elle a été acquittée le 12 décembre 1961.
3. ÉLODIE KULIK : L’ADN D’UN PROCHE ROUVRE L’ENQUÊTE
Comment les gendarmes ont-ils réussi à remonter jusqu’à lui grâce à l’empreinte génétique d’une autre personne ?
Les enquêteurs ont utilisé une méthode appelée recherche ADN en parentèle, qui consiste à rechercher des ressemblances génétiques entre une trace inconnue et les profils présents dans les fichiers judiciaires.
L’ADN prélevé sur la scène du crime ne correspondait directement à aucun suspect identifié. En revanche, une recherche élargie a fait apparaître une parenté génétique avec un homme inscrit au Fichier national automatisé des empreintes génétiques.
Cet homme était le père de Grégory Wiart, décédé dans un accident de voiture après les faits. Les enquêteurs ont alors procédé à une exhumation pour comparer directement son ADN à celui retrouvé dans le dossier.
Les analyses ont confirmé la correspondance.
Ce qu’il faut retenir : c’est grâce à l’ADN du père que les gendarmes ont pu remonter jusqu’au fils. L’affaire Élodie Kulik constitue l’un des premiers exemples marquants de l’utilisation de l’ADN de parentèle dans une enquête criminelle française.
4. LE GRÊLÉ : UN SUSPECT DANS LES RANGS DE LA POLICE
Pourquoi les policiers avaient-ils décidé de tester précisément des centaines d’anciens gendarmes ?
Parce que plusieurs éléments laissaient penser que le criminel connaissait particulièrement bien les méthodes des forces de l’ordre.
Des témoignages et des constatations effectuées au fil de l’enquête évoquaient notamment une personne capable d’utiliser le vocabulaire policier et de se présenter comme appartenant aux forces de sécurité. Son sang-froid et sa capacité à échapper aux investigations avaient également attiré l’attention des enquêteurs.
En 2021, une vaste campagne de vérifications est organisée auprès d’environ 750 anciens gendarmes ayant exercé en région parisienne à l’époque des crimes.
Parmi eux figure François Vérove, ancien gendarme devenu policier. Convoqué pour un prélèvement génétique, il se suicide avant celui-ci. Les analyses réalisées après sa mort établissent une correspondance entre son ADN et les traces retrouvées sur plusieurs scènes de crime.
Ce qu’il faut retenir : la piste d’un membre des forces de l’ordre n’était pas une intuition gratuite, mais le résultat d’indices recueillis au cours de l’enquête. L’identification génétique de François Vérove en 2021 a permis de lever le mystère de l’identité du « Grêlé ».
5. ESTELLE MOUZIN : LE COUP DE FIL QUI CHANGE TOUT
Qui a réellement passé ce coup de fil, et pourquoi cet appel a-t-il pesé dans l’enquête ?
Selon les déclarations faites par Monique Olivier en 2019, c’est elle qui a téléphoné au fils de Michel Fourniret, le 9 janvier 2003, à la demande de son mari.
Pendant des années, Michel Fourniret avait affirmé avoir lui-même passé cet appel depuis son domicile belge, pour souhaiter son anniversaire à son fils. Les relevés téléphoniques confirmaient qu’une communication avait bien été établie ce soir-là.
Cet élément avait contribué à écarter sa présence à Guermantes, où Estelle Mouzin avait disparu le même jour.
En 2019, Monique Olivier affirme que son mari lui avait demandé de passer cet appel à sa place. Lors de son procès en 2023, elle maintient cette version. Toutefois, la personne ayant répondu au téléphone déclare avoir entendu une voix masculine, ce qui montre que les témoignages ne concordent pas totalement.
Ce qu’il faut retenir : les relevés établissaient qu’un appel avait eu lieu, mais pas nécessairement que Michel Fourniret en était l’auteur. La remise en cause de cet alibi a joué un rôle majeur dans la relance de l’enquête.
6. TROADEC : LE TRÉSOR QUI N’A JAMAIS ÉTÉ RETROUVÉ
Quel trésor, peut-être imaginaire, a nourri cette obsession meurtrière ?
Il s’agissait d’un supposé trésor constitué de pièces et de lingots d’or, qui aurait été découvert des années auparavant par le père de Pascal Troadec.
Selon le récit familial, celui-ci aurait mis au jour le magot en effectuant des travaux dans la cave d’un immeuble à Brest, avant de le dissimuler. Une hypothèse associait cet or aux réserves de la Banque de France évacuées pendant la Seconde Guerre mondiale.
Hubert Caouissin était convaincu que son beau-frère, Pascal Troadec, s’était approprié cet héritage sans le partager avec sa sœur. Cette conviction avait alimenté un conflit familial particulièrement violent.
Pourtant, malgré les investigations, les enquêteurs n’ont jamais retrouvé les pièces ou les lingots supposés.
Ce qu’il faut retenir : le trésor a joué un rôle central dans les motivations attribuées au meurtrier, mais son existence n’a jamais été matériellement démontrée.
7. AGNÈS LE ROUX : L’ALIBI QUI S’EFFONDRE
Pourquoi cette femme a-t-elle finalement retiré la version qui avait contribué à protéger l’ancien avocat ?
Cette femme était Françoise Lausseure, ancienne maîtresse puis épouse de Maurice Agnelet, longtemps soupçonné dans la disparition d’Agnès Le Roux.
Elle avait initialement déclaré avoir passé avec lui la période décisive de la disparition, à Genève, en Suisse. Ce témoignage constituait un alibi important pour l’ancien avocat.
Mais en juin 1999, au moment où leur relation avait pris fin et où ils étaient engagés dans une séparation, Françoise Lausseure revient sur ses déclarations. Elle reconnaît avoir menti et affirme avoir fourni cet alibi à la demande de Maurice Agnelet, pour lui rendre service.
Cette rétractation apporte un élément nouveau au dossier et contribue à la réouverture de l’instruction.
Ce qu’il faut retenir : l’alibi n’a pas été invalidé par une découverte scientifique, mais par le revirement de celle qui l’avait fourni. Maurice Agnelet a finalement été condamné à vingt ans de réclusion criminelle en 2014. Le corps d’Agnès Le Roux n’a jamais été retrouvé.
8. SUZANNE VIGUIER : LE MATELAS INTROUVABLE
Pourquoi la disparition de cette simple pièce de literie a-t-elle occupé une place si importante dans une affaire sans corps ni preuve décisive ?
Parce que Jacques Viguier, le mari de Suzanne Viguier, s’était débarrassé du matelas du canapé-lit sur lequel son épouse avait dormi avant sa disparition.
Le 8 mars 2000, quelques jours après la disparition de Suzanne, il lave les draps et jette le matelas dans une déchetterie. Pour les enquêteurs, ce geste soulève immédiatement des interrogations.
Ils envisagent que le matelas ait pu porter des traces utiles à l’enquête, notamment d’éventuelles traces biologiques. Jacques Viguier explique son geste par plusieurs raisons, dont l’inconfort du matelas et des considérations liées à la vie conjugale du couple.
Le matelas n’ayant pas pu être examiné, aucune analyse ne permet d’établir qu’il contenait effectivement une preuve criminelle.
Ce qu’il faut retenir : la disparition de cet objet a alimenté les soupçons, sans démontrer la commission d’un crime. Jacques Viguier a été acquitté en 2009, puis de nouveau en appel en 2010. La disparition de Suzanne Viguier demeure inexpliquée.
9. CHEVALINE : LA FILLETTE OUBLIÉE DANS LA VOITURE
Comment une fillette encore vivante a-t-elle pu rester inaperçue aussi longtemps malgré la mobilisation des enquêteurs ?
La petite Zeena, âgée de quatre ans, s’était réfugiée sous les jambes et les vêtements des adultes assis à l’arrière du véhicule familial.
Terrorisée par la fusillade du 5 septembre 2012, elle était restée immobile et silencieuse pendant plus de huit heures.
Les gendarmes avaient sécurisé les lieux et cherchaient à préserver une scène de crime particulièrement complexe. Ils ignoraient qu’une deuxième enfant se trouvait encore à l’intérieur de la voiture.
La fillette n’a été découverte qu’au moment où les enquêteurs ont commencé à accéder à l’habitacle pour examiner les corps.
Ce qu’il faut retenir : Zeena avait survécu en se cachant, et son immobilité l’avait rendue pratiquement indétectable. Elle a été retrouvée physiquement indemne. Sa sœur aînée, Zainab, âgée de sept ans, avait également survécu, mais avait été grièvement blessée.
10. LA JOSACINE : UN MÉDICAMENT AU CŒUR DU CRIME
Quel résultat de laboratoire a soudain fait comprendre aux enquêteurs qu’ils ne cherchaient plus la cause d’un accident médical ?
La découverte de cyanure dans le flacon de Josacine pris par Émilie Tanay, neuf ans, quelques heures avant sa mort.
Le 11 juin 1994, la fillette fait un grave malaise alors qu’elle séjourne chez les parents d’un camarade de classe, en Seine-Maritime. Les médecins envisagent d’abord une cause médicale.
Mais l’analyse du médicament révèle la présence d’une substance toxique. Le 14 juin, les examens mettent en évidence la présence probable de cyanure de sodium dans le flacon. Les conclusions médico-légales établissent une intoxication mortelle au cyanure.
L’enquête prend alors une dimension criminelle.
Ce qu’il faut retenir : c’est la mise en évidence du poison dans le médicament qui a bouleversé l’affaire. Jean-Marc Deperrois a été condamné en 1997 pour l’empoisonnement d’Émilie Tanay. Il a toujours contesté sa culpabilité et plusieurs demandes de révision ont été déposées.
L’enquête ne s’arrête pas à la dernière page
Derrière ces dix affaires, un même constat : un détail parfois minuscule peut bouleverser des années d’investigations. Mais un indice, aussi troublant soit-il, ne constitue pas toujours une preuve.
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